Le Bulletin
de l'Alliance Française

n.3, août 1999
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Альянс Франсез

n.3, август 1999
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Студия художественного перевода

Руководитель студии Михаил Яснов
В этом сезоне занятия студии художественного перевода были сосредоточены, в основном, на обсуждении переводов на русский язык произведений известного французского прозаика Даниэля Буланже. Буланже - автор многочисленных сборников, один из самых активно печатающихся современных французских писателей. Поэт, романист, драматург, для нас он оказался интересен прежде всего как яркий новеллист. Новеллы Буланже разнообразны по тематике, язык их несложен, но поэтичен и требует глубокого и внимательного прочтения оригинала. Однако главное, как всегда, - в адекватности воспроизведения по-русски многочисленных оттенков, интонации, стилистического своеобразия текста. Задача усложняется там, где нет повествования, где сюжет строится на порой едва заметных движениях души, на описаниях, создающих контекст времени. Именно к таким рассказам принадлежит новелла "Натюрморт", которую мы предлагаем сегодня вашему вниманию. Переводчик новеллы Марина Сальман несколько раз возвращалась к работе над этим небольшим по объему произведением, стараясь максимально приблизить его к оригиналу и в то же время создать по-русски его художественный эквивалент.
Daniel Boulanger. Nature morte
Le faisceau de lumière qui tombe de gauche coupe la toile en biais et laisse deux angles dans l'ombre. D'or à sa naissance il passe par un blanc d'argent pour finir dans un bleu léger, éclairant tour à tour sur les marches d'un escalier un coquillage, une épée, un livre, une tête de mort, une pipe et un verre.

Les marches ont un rebord de bois, un corps de carreaux rouges. Le coquillage est sphérique. L'épée courbe à poignée de nacre sort d'un fourreau de cuir noir. Le livre est en peau blanche. Le crâne sans mâchoire inférieure ne rit pas. La pipe de terre est longue et le verre à pied reflète dans sa coupe une fenêtre à croisillons. Les marches, les objets les descendent. Nature morte  (.jpg 10 K) Le coquillage est le sein d'une femme de Rubens. L'épée celle d'un janissaire qui s'est introduit dans la chambre que l'on ne voit pas, à l'angle droit du haut de la toile. Le livre que voulait lire un tendron flamand restera toujours fermé. Le crâne est un accessoire du maître de maison. La pipe et le verre appartiennent au peintre. Maintenant il est évident qu'un, pied nu, lourd mais vif, vient de gravir les marches. Le verre garde la trace d'une boisson fermentée, un minuscule collier de bulles sur fond acajou. La pipe est tiède et rêche comme la patte du héron, dehors, dans le jardin de brique. L'interrogation vit encore dans les orbites de la tête et les deux reflets blancs au bas de leur voûte marquent aussi l'étonnement. Le livre est plein de mots défendus. L'épée n'a coupé que des rubans. Avec le coquillage qu'il porte à son oreille le père du tendron navigue encore quelquefois. Il le prend pour s'endormir et sa main qui le presse jus-qu'au milieu du rêve retrouve le mouvement de la mer et de l'amour. Le maître a perdu sa femme au début de l'année, awssi la lumière des jours se drape d'ombre. L'or, l'argent et l'azur ne sont qu'un décolleté. On ne veut plus rien savoir de ce qui s'est passé dans les chambres et de ce qui s'y noue en ce moment même et qui donne la tension du tableau. Mais dans les maisons les mieux fermées toujours une cheminée communi-que avec le ciel et le peintre qui ne veut aussi plus rien connaître du dehors se trahit par un reflet. Courbe est la fenêtre sur le verre. L'espace tente de forcer sa petite ouverture cloisonnée. Une masse de mercure va crever la toile en cet endroit, à moins que déjà par cette écluse le flot du jour n'ait abandonné les objets sur l'escalier. La minuscule éclatante trouée file bien sûr vers l'infini, ne laissant que des épaves enrobées de nuit. Les amants dans la chambre sont des morts : le coquillage et l'épée. Le livre ne montrerait, ouvert, que des pages blanches. Le crâne est celui du peintre disparu depuis des siècles. La pipe et le verre sont maintenant au musée et la lumière qui tombe de gauche s'affaiblit chaque jour.

Натюрморт. Перевод Марины Сальман
Луч света, падающий слева, пересекает картину по диагонали, оставляя два угла в тени. Луч, изначально золотистый, становится затем серебристо-белым, переходя, наконец, в бледно-голубой, и, медля на лестничных ступеньках, поочередно высвечивает на них морскую раковину, меч, книгу, череп, трубку и бокал.

Ступеньки из красной плитки окаймлены деревом. Раковина округлая. Кривой меч с перламутровой рукояткой торчит из черных кожаных ножен. Книга переплетена в светлую кожу. Череп без нижней челюсти невесел. Трубка глиняная, удлинённая, бокал отражает переплет окна. Вещи спускаются по ступенькам. Раковина - грудь рубенсовской женщины. Меч брошен янычаром, а сам он в воображаемой комнате, в правом верхнем углу холста. Книга, которую собиралась прочесть юная фламандка, навсегда останется закрытой. Череп выбран хозяином дома, а трубка и бокал принадлежат художнику.

Теперь ясно, что кто-то босой, тяжело, но быстро ступая, только что поднялся по лестнице. В бокале остался след игристого напитка: ожерелье из крошечных пузырьков, сквозь которые просвечивает грунтовка цвета акажу. Трубка теплая и шершавая, как нога у цапли, там, снаружи, в красно-кирпичном саду. Вопрос еще живет в глазницах черепа, а под ними, подчеркивая удивление, играют два световых блика. Книга полна запретных слов. Меч рубил только ленты. Отец юной фламандки порою пускается в плаванье, прижав к уху раковину. Он берет ее, чтобы уснуть, и выпускает из рук, в глубоком сне обретая ритмы любви и моря. Хозяин в начале года потерял жену, и потому дневной свет меркнет в тяжело ниспадающих складках сумрака, и лишь в глубоком вырезе корсажа еще медлят золото, серебро и лазурь.

И зачем нам еще что-то знать о том, что произошло в комнатах, и о том, что затевается там сейчас, придавая картине напряженность. Но даже в наглухо закрытых домах дымовая труба всегда сообщается с небом, а художник, также ничего не желающий знать о происходящем снаружи, выдает себя бликом. Искривлено окно на бокале. Через это маленькое разделенное перекладинами отверстие пытается ворваться пространство. Лавина ртути прорвет здесь холст, но, кажется, световой поток уже покинул вещи на лестнице. Крошечное сияющее отверстие ведет, несомненно, в бесконечность, оставив лишь обломки, укрытые мраком.

В комнате мертвые любовники: раковина и меч. Если открыть книгу, в ней окажутся одни чистые страницы. Череп - голова того самого художника, умершего несколько столетий тому назад. Трубка и бокал теперь в музее, а свет, падающий слева, слабеет с каждым днем.


poesie

Entrée en poésie

En s'inspirant des oeuvres des grands poètes français Jacques Prévert, Phillipe Soupault et André Frédérique, nous avons essayé de les imiter non pas dans l'intention de rivaliser avec eux, mais dans celles de voir à quel degré nous maîtrisons la langue française et de s'amuser.

Alexandra Leonko

       * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * *
Le temps qui passe
Le temps qui ne passe pas
Le temps qu'on tue
Le temps de compter jusqau'à dix
Le temps qu'on n'a pas
Le temps qu'il fait
Le temps de s'ennuyer
Le temps de rêver
Le temps de l'agonie
Le temps qu'on perd
Le temps d'aimer
Le temps des cerises
Le mauvais temps
Et le bon et le beau
Et le froid et le temps chaud.

       Philippe Soupault, Georgia, Epitaphes,chansons, Gallimard, 1994


L'homme qui naît
L'homme qui apprend le monde
L'homme qui trouve
L'homme qui perd
L'homme qui tombe amoureux
L'homme qui donne sa vie
L'homme qui sacrifie
L'homme qui aime
L'homme qui comprend
L'homme qui rend le meilleur de lui-même
C'est toi ou moi, celui qui vit.
        par Tatiana Lein

       * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * *
La porte que quelqu'un a ouverte
La porte que quelqu'un a refermée
La chaise où quelqu'un s'est assis
Le chat que quelqu'un a caressé
Le fruit que quelqu'un a mordu
La lettre que quelqu'un a lue
La chaise que quelqu'un
a renversée
La porte que quelqu'un a ouverte
La route où quelqu'un court encore
Le bois que quelqu'un traverse
La rivière où quelqu'un se jette
L'hôpital où quelqu'un est mort.

       Jacques Prévert, Paroles, Gallimard, 1949


La mode qui vient
La mode qui passe
La mode qui retourne de temps en temps
La mode de porter une jupe courte
La mode de mettre un pantalon large
La mode qui attire notre attention
La mode qui choque
La mode qui laisse indifférent
La mode qui fait dépenser beaucoup d'argent
La mode qui fait économiser
La mode pour les femmes
La mode pour les hommes
La mode pour les jeunes gens
La mode pour tout le monde
La mode toujours la mode...
       par Hélène Kitaigorodskaia

Les objets et moi

Beaucoup d'objets qui m'entouraient
Beaucoup d'objets que je gardais
Beaucoup d'objets que j'admirais
Beaucoup d'objets qui me surprenaient
Les objets où je gardais mes souvenirs
Les objets avec lesquels je m'oubliais
Les objets que j'aimais beaucoup
Les objets que je détestais
Les objets qui m'exaltaient
Les objets qui m'humiliaient
Les objets qui me séduisaient
Les objets qui m'agaçaient
Les objets grâce auxquels je devenais plus riche
Les objets par lesquels j'étais appauvrie
Les objets dont je rêvais
Les objets que je possédais
Les objets qui me défendaient
Les objets qui me justifiaient
Mais maintenant je suis seule
Je suis restée sans mes objets
Je suis sans défense
Il n'y a que moi et ma conscience.
       par Olga Pavlova

Les mots que je ne dirais qu'à toi
Sur ce qui vient sans pourquoi
Les mots qui seraient comme de la peinture
Je les peindrais sur tes murs
et je n'utiliserais que tes couleurs
qui donnent à la vie la langueur
Les mots qui laveraient comme la pluie
Les mots qui changeraient notre vie
Les mots que je te dirais lentement
dans cette contrée joyeuse toute la nuit
si je t'y emmenais rapidement
et si je n'avais pas d'ennuis
        par Chris Monday

       * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * *
Un homme qui serait mort
mais qui ne serait pas né
Un homme qui naîtrait après sa mort
Un homme qui mourrait en naissant
mais qui ne naîtrait pas en mourrant
Un homme qui ne mourrait pas
Un homme qui naîtrait
une fois sur deux
Un homme qui mourrait quelquefois
Un homme qui n'arrêterait pas
de naître
Un homme qui ne finirait pas de mourir
Un homme qui naîtrait de sa belle mort
Un homme qui naîtrait au-dessous
de la ceinture
et qui mourrait au-dessus
Un homme qui ne serait ni né ni mort
Cet homme-là n'est pas encore né.

       André Frédérique, Aigremorts (1947)


L'enfant qui jouerait mais qui ne rirait pas
L'enfant qui rirait après ses jeux
L'enfant qui jouerait en riant mais qui
ne rirait pas en jouant
L'enfant qui ne jouerait pas
L'enfant qui jouerait tout le temps
L'enfant qui n'arrêterait pas de rire
L'enfant qui ne finirait pas de jouer
L'enfant qui continuerait à rire
L'enfant qui jouerait sans arrêt
Cet enfant-là, il est aimé.
       par Tatiana Lein

Un chien qui défendrait mais qui n'attaquerait pas
Un chien qui attaquerait pour sa défense
Un chien qui défendrait en attaquant mais
qui n'attaquerait pas en défendant
Un chien qui n'attaquerait jamais
Un chien qui n'arrêterait pas d'attaquer
Un chien qui ne finirait pas de défendre
Un chien qui défendrait son maître sans arrêt
Un chien qui attaquerait ses ennemis sans avoir peur
Ce chien-là, c'est le mien.
       par Hélène Kitaigorodskaia


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