Le Bulletin
de l'Alliance Française

n.4, mars 2000
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Cours de guides

N.N. Moultatouli , professeur à l'AF
Si la montagne ne vient pas à nous, il faut aller à elle

Si vous n'avez pas les moyens d'aller en France pour perfectionner votre français, n'oubliez pas que la France elle-même peut venir jusqu'à vous en les personnes de nombreux touristes qui viennent visiter votre pays. Profitez-en et préparez-vous à devenir guide et interprète. Les contacts avec les Français complèteront l'ambiance linguistique française qui vous manque, attribueront à votre français la simplicité naturelle et enrichiront votre vocabulaire.

Comment y réussir?

Premièrement, en étudiant le français le plus profondément possible. Améliorer les résultats est assez facile: il suffit simplement de tomber amoureux de cette langue, de ce si beau pays qu'est la France, de sa culture, sa littérature, son art, son histoire. Pour cela, vous ne devez pas seulement faire des exercices ou apprendre par cœur les règles de grammaire (bien que ce soit tout à fait indispensable). Il est tout aussi nécessaire d'apprendre par cœur des textes français, de la prose, mais encore mieux des fables, des poèmes, des monologues tirés de pièces différentes, et le faire de son plein gré, pour son propre plaisir, par impulsion intérieure. Vous verrez comment votre vocabulaire s'enrichira d'une semaine à l'autre, comment vous ferez sienne une énorme quantité de mots nouveaux, d'expressions, de pensées, et vous vous sentirez alors plus proche de la culture spirituelle française et, par conséquent, du peuple français.

Deuxièmement, étant donné que les touristes ne viennent pas pour apprécier vos connaissances de la culture et de la langue française (admettez que c'est tout à fait naturel), vous devez connaître à fond votre propre culture, la littérature de la Russie, son architecture, son art. Vous devrez guider les étrangers à travers le labyrinthe des événements de l'histoire de votre pays, aussi compliquée que celle des autres pays, mais si peu connue des Français. Vous leur lirez en français les pages en pierre des palais, des monuments et des quais de Saint-Pétersbourg, vous leur révélerez l'étonnante histoire de la création de la ville, de son développement, son passé et son présent. En même temps, vous assimilerez le lexique de l'architecture, de la peinture, de l'histoire civile et militaire, de l'urbanisation, de l'industrie, de l'organisation sociale, de l'enseignement, de la médecine, du sport et des organismes culturels, de l'histoire des arts et et des artisanats…

Troisièmement, puisque vous aurez affaire à des touristes, vous serez obligés d'être accueillants, spirituels, compatissants, patients, courtois, simples, naturels, obligeants… Vous raconterez avec dignité et compétence aux Français venus visiter la Russie les traits particuliers de votre pays et répondrez à leurs questions, toujours nombreuses. Ainsi, en réunissant ces trois conditions (la maîtrise de la langue française, la connaissance profonde de Saint-Pétersbourg et le savoir de travailler avec des gens), vous aurez toutes les chances de devenir un guide excellent.

L'Alliance Française de Saint-Pétersbourg propose de vous aider dans cette voie en organisant à partir de l'année prochaine des cours de guides. Ces cours seront dirigés par des professeurs avec une grande expérience dans le tourisme et travaillant dans des agences de voyage aussi bien russes que françaises. Il va sans dire que ces cours s'effectueront entièrement en français.

Les cours prévoient des conférences et des séminaires consacrés à:

l'histoire de l'art russe, de l'architecture de Saint-Pétersbourg et de l'histoire générale de la Russie;

la visite de la ville et de ses environs;

l'étude de l'histoire des plus grands musées et monuments de Saint-Pétersbourg, leur visite: l'Ermitage, le Musée russe, la forteresse Saints-Pierre-et-Paul, la laure Saint-Alexandre-Nevski, la Maisonnette de Pierre le Grand (quai Saint-Pierre), la cathédrale Saint-Isaac, la cathédrale Saint-Nicolas-des-Marins, la cathédrale Notre-Dame-de-Kazan, le Smolny, le cimetière Piskarevskoïé;

la visite des alentours de Saint-Pétersbourg: Peterhof (les jardins Supérieur et Inférieur, Monplaisir, le Grand Palais); Tsarskoïé Selo (le parc Catherine, le Palais Catherine); Pavlovsk (le parc et le Grand Palais).

Cependant un conseil: n'attendez pas l'inscription, commencez dès maintenant. N'hésitez pas à perfectionner votre français, lisez, écoutez la radio française, ne manquez aucun spectacle français, prenez à la médiathèque des films en version originale. Mais ce n'est encore pas tout: sans plus attendre, allez donc visiter les musées et les sites que vous étudierez, afin que vous puissiez plus tard facilement et sans gros efforts assimiler les renseignements que l'on vous donnera. Personne ne pourra jamais remplir les lacunes laissées par le manque d'intérêt, l'absence de votre attitude personnelle envers la culture séculaire de la Russie, son art, sa littérature, son architecture et l'histoire de la ville. Car c'est par votre intermédiaire que les touristes apprendront à connaître la Russie et sa culture. Vous serez le représentant unique de cette immensité énigmatique qu'est pour eux le monde de l'âme slave.

Lorsque vous aurez affaire aux touristes français, n'oubliez pas d'évoquer les liens étroits qui ont de tout temps existé entre Saint-Pétersbourg et la France. Vos exposés n'en seront que plus passionnants et donneront l'agréable sensation de continuité des liens culturels unissant nos deux peuples.

Depuis trois siècles Saint-Pétersbourg règne sur les bords de la Neva. Durant ces trois centenaires, les éloges adressés à la ville ne diminuent point. De tout temps, hier comme aujourd'hui, les voyageurs français quittent Saint-Pétersbourg en emportant avec eux un sentiment d'admiration pour la ville. Alexandre Dumas, qui fit un voyage à travers l'Empire russe, s'arrêta à Saint-Pétersbourg, la Venise du Nord comme on appelle parfois la ville. Plus tard, dans son volume intitulé Impressions de voyage en Russie, il écrivit: "Rien ne vous donnera, chers lecteurs, l'idée d'une nuit de juin à Saint-Pétersbourg: ni la plume, ni le pinceau. C'est quelque chose de magique… un calme qui vous rafraîchit l'âme, une quiétude qui vous dilate le cœur, un silence pendant lequel on écoute toujours si l'on n'entend pas tout à coup le chant des anges ou la voix de Dieu! Aimer pendant de pareilles nuits, ce serait aimer deux fois". Et plus loin: "Les vers de Pouchkine sont beaux, mais les nuits de Saint-Pétersbourg… Les vers de Pouchkine ne sont que la poésie de l'homme, les nuits de Saint-Pétersbourg sont la poésie de Dieu". C'est également Alexandre Dumas qui donna la première traduction du Cavalier de bronze:

Oui, je t'aime, cité, création de Pierre,
J'aime le morne aspect de ta vaste rivière,
J'aime tes dômes d'or où l'oiseau fait son nid,
Et tes grilles d'airain et tes quais de granit.
Mais ce qu'avant tout j'aime, ô cité d'espérance,
C'est de tes blanches nuits la douce transparence…
Les Français apprécieront les brèves citations poétiques que vous placerez de temps en temps dans vos explications et vous en sauront gré. Faites donc dès maintenant le premier pas sur la voie que nous vous conseillons et apprenez par cœur, sans attendre, ces quatre lignes du grand poète russe traduites par le célèbre romancier français.

Et un dernier conseil. Le métier de guide exige beaucoup de forces physiques et morales. Trempez donc vos caractères en vous promenant le plus possible dans la ville et dans ses environs. Ce sera une occasion de plus pour admirer et étudier les édifices majestueux et solennels s'alignant tout le long des quais et des perspectives, ou encore s'élevant dans les alentours de Saint-Pétersbourg, au milieu des jardins des résidences impériales. Prenez plaisir à visiter les musées, passez d'une salle à l'autre en étudiant attentivement les œuvres d'art, tâchez de les graver dans votre mémoire, faites-le doucement sans vous dépêcher et surtout sans vous reposer de temps en temps, c'est-à-dire, faites-le comme si vous étiez vous-mêmes des touristes. Imprégnez-vous de la beauté des lieux, vous aurez besoin de vos impressions plus tard pour les communiquer aux Français. Apprenez à être résistants et pour cela passionnez-vous pour le métier de guide. L'enthousiasme enlève la fatigue. Vous devrez parler à vos touristes, causer avec eux sans importuner vos interlocuteurs, sans les ennuyez. C'est le gage de votre réussite dans le dur et passionnant métier que vous avez choisi.

Et pour finir quelques renseignements d'ordre pratique: les cours, qui vont durer deux semestres, comprendront des conférences et des séminaires. Les visites de tous les musées sont également prévues. Outre les tests de fin d'études à l'Alliance française, chaque étudiant devra passer des examens d'obtention de licence dans tous les musées qui lui donnera droit aux visites guidées. Bonne chance et rendez-vous en septembre 2000!

Parmis les Français qui ont voyagé en Russie au XVIII-e et au XIX-e siècle on trouve des russophiles inconditionnels, des russophobes bilieux et des esprits pondérés sachant séparer l'ivraie d'avec le bon grain, mais personne que la Russie laisse indifférent.

Tout d'abord les Français sont frappés par la perfection avec laquelle les Russes parlent français: "De jeunes Russes, voyageant dans les pays étrangers, ont paru ressembler aux Français par les manières et la prononciation. Mais ce qui est le plus étonnant, vous voyagez en Russie, et vous prenez à tout instant pour des Français des gens nés et élevés en Russie.

Ce phénomène s'explique, quand on sait que les jeunes seigneurs ou les enfants de bonnes maisons reçoivent leur éducation par des gouverneurs français. Cette ressemblance, lorsqu'on a vu de près les hautes classes de la société, n'a plus rien d'étonnant, mais dans les autres classes elle excite la surprise. Tout Russe apprend le français avec facilité et parvient à le parler avec perfection". (E. Fabre "Bagatelles. Promenades d'un désoeuvré dans la ville de Saint-Pétersbourg". Saint-Pétersbourg, 1811). Un autre voyageur français, plus critique, trouve quand même un moyen de distinguer les seigneurs russes des Français: "on ne les reconnaît eux-mêmes pour n'être pas Français qu'à une certaine affectation de purisme qu'ils puisent dans la lecture de nos classiques: on pourrait leur reprocher en général de parler la langue écrite" (J. Chopin "Coup d'oeil sur Pétersbourg". Paris, 1821).

Comme on le voit, J. Chopin reproche aux Russes de parler trop bien français, "défaut" que beaucoup d'entre eux ont gardé jusqu'à nos jours. Mais rien ne nous empêche de considérer ce défaut comme une "vertu" qui se fait de plus en plus rare aujourd'hui.

E. Fabre, émerveillé, va jusqu'à dire que "les Russes ont un fond inépuisable de gaîté, ce sont les Français du Nord". Il appelle les Russes "la nation chansonnière du Nord" et il aime écouter Fédotte (qui l'attend sous la porte), jouant au grand air de sa guitare nationale, la balalaïka. Tout le monde connaît le proverbe "impossible n'est pas français". E. Fabre trouve que pour un Russe "le sentiment de ses propres forces est renfermé dans son mot nébauisse (ne craignez rien). Tant que le Russe se servira de ce mot, rien ne lui sera impossible".

Si pour E. Fabre les Russes sont gais, pour A. Dumas (n'oublions pas que c'était le petit-fils d'une négresse, vif et pétulant) "les Russes sont plus que des revenants: ils marchent gravement les uns à côté des autres, ou les uns derrière les autres, ni tristes, ni joyeux, sans souffler un mot, sans laisser échapper une parole, sans mimer un geste. Il en résulte que les rues [de Saint-Pétersbourg] ressemblent à celles d'une Nécropole le jour de la fête des morts" (A. Dumas, "Impression de voyage en Russie"). Cela va sans dire que ce n'est qu'une exagération pour "faire image". N'exigeons pas trop de celui qui, dit-on, s'est reposé en Russie "à l'ombre d'un klioukwa touffu"; convenons tout de même que les Saint-Pétersbourgeois sont beaucoup plus réservés que les Méridionaux, expansifs et gesticulants.

Aux yeux de beaucoup de voyageurs français les Russes sont un peuple encore jeune, voire barbare: "les Russes ont pour Pouschkine et pour Lermontoff, et les femmes pour Lermontoff particulièrement, l'enthousiasme qu'ont les peuples pauvres en poésie pour les premiers poètes qui assouplissent leur langue au rythme" (A. Dumas, op. cit.). Même quand certains voyageurs parlent de l'hospitalité russe, parfois un peu de fiel gâte beaucoup de miel: "l'hospitalité des Russes, qualité qui leur est commune avec tous les peuples sauvages, paraît dans tout son jour: elle nous semble tenir plutôt à un reste de barbarie, qu'à la douceur des moeurs européennes, dont cette nation est encore bien éloignée" (Boisgelin et Fortia de Pilès "Voyage de deux François en Allemagne, Danemark, Suède et Pologne, fait en 1790 - 1792". T. III. Russie. Paris, 1796). Remarquons en passant que dans le roman d'A. Dumas "Le Maître d'armes" il est aussi question de l'hospitalité russe: "Une des choses qui me frappa le plus chez les plus grands seigneurs russes fut leur politesse hospitalière, cette première vertu des peuples, qui survit si rarement à leur civilisation, et qui ne se démentit jamais à mon égard", mais dans cette remarque l'allusion à la barbarie ne se fait presque plus sentir.

Bien évidemment, l'hospitalité n'est pas la seule "trace de barbarie" qu'on trouve en Russie, sinon ce serait le pays rêvé pour tout étranger.

A. Dumas fait observer non sans humour qu'en Russie "le répertoire des injures est non moins varié que celui des tendresses, et aucune langue ne se prête aussi complaisamment que la langue russe, à mettre l'homme à cinquante degrés au dessous du chien. Et remarquez que, sous ce rapport, l'éducation n'y fait absolument rien. L'homme le mieux élevé, le gentilhomme le plus poli, lâche le soukin-sine et le yob…, comme on dit chez nous votre très-humble serviteur" ("Impressions de voyage en Russie"). Cette observation d'A. Dumas fait penser au mot célèbre de Gogol dit à propos d'"un substantif très expressif, mais inusité en bonne compagnie". "Le peuple russe a des mots à l'emporte-pièce! Donne-t-il un surnom à quelqu'un, celui-ci le laissera à ses descendants, le traînera tout le long de sa carrière, à Pétersbourg, au bout du monde" ("Les âmes mortes" trad. par H. Montgault).

Selon J. Chopin, le Russe préfère les gens qui sont sûrs d'eux à ceux qui doutent: "une erreur avancée avec assurance le satisfera plutôt qu'un doute modeste et sagement conçu" (op. cit). Les gentilshommes campagnards - surtout - croient qu'un outchitel doit tout savoir: "l'irrésolution leur paraît un signe d'incapacité, et ils s'imaginent qu'un homme qui se donne pour enseigner, ne peut décemment ignorer de rien" (op. cit.). Le même auteur estime que l'éducation a mis une telle différence entre le peuple et la noblesse, qu'on peut les regarder comme deux nations à part"; "le peuple russe a encore sur les yeux le bandeau épais de l'ignorance; l'habitude de l'esclavage étouffe en lui le sentiment du droit naturel; "l'homme du peuple se néglige dès qu'il cesse d'être guidé" (op. cit.). La Russie est un Etat despotique où "suspect et coupable sont deux mots synonymes", - fait remarquer notre auteur. Il signale la vénalité des fonctionnaires due à la modicité des salaires: "Il n'est pas rare d'entendre dire: Cette place vaut tant, mais elle rapporte tant". Le régime autocratique engendre l'hypocrisie et la peur: "Vous voyez que tout le monde ici pense à ce que personne ne dit" (le marquis de Custine "La Russie en 1839", Paris, 1843).

Que de temps nous sépare de ces critiques dont quelques-unes - hélas! - restent encore d'actualité, bien qu'elles aient été faites avant l'sabolition du servage en Russie (1861)! On peut constater quand même que les Russes sont devenus beaucoup plus libres et plus cultivés depuis 1861, tout en gardant leur hospitalité et leur bonne maîtrise du français.
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