10 ans DEJA
En bien plus encore
Roland Blatmann
En janvier 1992, lors de mon arrivée à Saint-Pétersbourg en qualité de Consul Général, se posait la question de l’installation de l’Alliance Française dans des locaux plus grands que ceux. qu’elle occupait depuis peu de temps: quelques petites salles de cours en haut de la CAPELLA, au bout d’un couloir où se trouvaient également les bureaux d’une toute jeune radio française, «Europa Plus», créée par Georges POLINSKI.
Dans un contexte marqué par la récente disparition de l’Union Soviétique, par la fin du rôle omniprésent du parti communiste et son interdiction, par le changement de nom de Léningrad redevenu Saint-Pétersbourg à l’initiative de son maire, Anatoly SOBTCHAK, modification qui avait provoqué un véritable choc sémantique, par l’afflux des investisseurs étrangers, par l’ambition d’A.SOBTCHAK voulant faire de Saint-Pétersbourg «un Singapour», de grandes idées étaient lancées presque quotidiennement tant par les nombreux visiteurs qui découvraient ou redécouvraient la Venise du Nord que par ses élus et ses habitants, résolument optimistes et désireux de tourner la page d’un passé douloureux.
C’est dans cette ambiance surexcitée que M. Michel TARRAN, qui faisait fonction d’attaché culturel près le Consulat Général, avait été, en 1991, l’artisan convaincu et efficace de la réouverture de l’Alliance Française. Chacun, Russe ou Français, voyait dans cette tentative une contribution à la libéralisation en cours, à la restauration des grandes institutions culturelles du passé après des décennies de peur et de silence devant les étrangers soupçonnés d’être des espions ou des propagandistes antisoviétiques rémunérés par les Etats capitalistes.
Une Alliance Française réouverte à Saint-Pétersbourg représentait un espace de liberté reconquise et témoignait de la reconnaissance du droit d’association. Dans le monde nouveau qui se tentait de se mettre en place à partir de 1991, l’Alliance était une porte supplémentaire donnant sur la démocratie et la culture.
Pour que ce projet devienne réalité, il avait fallu chercher dans les archives puis retrouver les statuts de l’Alliance interdite en 1919, vérifier avec des juristes les conditions de possibilité de la recréation d’une association de droit russe, et constituer un Comité après avoir pris notamment l’attache du comte TOLSTOI, député à la Douma de «Leningrad», francophone de haute culture, qui accepta avec enthousiasme la présidence de l’Alliance et la conserva jusqu’à sa mort.
En même temps qu’étaient recherchées les autorisations nécessaires des autorités locales et la reconnaissance de l’association par l’Alliance Française de Paris, de longues mais toujours sympathiques, voire pittoresques, négociations autour d’une tasse de thé ou parfois d’un verre de cognac géorgien, avaient été engagées avec M. LAVROV, directeur de la célèbre Capella merveilleusement située au bord de la Moïka, à deux pas du Palais de l’Ermitage et du bâtiment abritant le Consulat Général et la Résidence. Il s’agissait de passer de la location de quelques petites pièces à celle de plusieurs centaines de mètres carrés, sur deux niveaux.
Pour de nombreuses raisons, notamment financières, les nouveaux locaux loués dans la Capella furent partagés entre l’Alliance et l’Institut français de Saint-Pétersbourg, réouvert lui aussi après une interruption de plus de soixante-dix années.
Les travaux d’aménagement, l’installation et l’attribution des locaux furent relativement courts mais les ambiguïtés demeurèrent, notamment en ce qui concernait les compétences respectives des deux institutions, ambiguïtés renforcées par le fait que M. TARRAN, Directeur de l’Alliance, était également Directeur de l’Institut et attaché culturel. De surcroît, la réforme des Bureaux de coopération linguistique et éducative (BCLE) engagée à Paris par le Ministère des Affaires étrangères, dont les chefs devenaient de facto les directeurs-adjoints des Instituts français, et s’installaient physiquement dans les mêmes locaux, contribua quelque peu à rendre encore plus complexe la situation à la CAPELLA.
Mais la volonté de réussir du Consulat Général, soutenu par notre Ambassade à Moscou, de l’Institut et de l’Alliance Française, fit qu’assez rapidement un partage des espaces, des compétences et des fonctions put être réalisée: à l’Alliance, les cours de Français avec une équipe d’enseignants animés notamment par Nina MARTYNOVA, et les activités culturelles «locales», en particulier celles qui touchaient aux activités de la troupe du théâtre francophone, menée par M. MOULTATOULI; à l’Institut français, les manifestations venant de France, ainsi que la gestion d’une médiathèque créée par Mireille ARCHEVEQUE BLATMANN et une équipe enthousiaste de jeunes bibliothécaires, enfin au BCLE, en échange du loyer, la formation continue des enseignants de l’Alliance et l’approvisionnement en ouvrages pédagogiques.
Dans les nouveaux locaux, Alliance puis Institut confondus, des centaines de personnes se pressaient chaque jour pour voir le tout premier pôle culturel étranger ouvert à Saint-Pétersbourg, pour apprendre notre langue, pour lire livres et journaux, pour rencontrer des Français.
Aussi, j’ose le dire, pour respirer.

 
Roland BLATMANN,
Consul Général de France
à Saint-Pétersbourg (1992–1995),
actuellement Consul Général de France à Cracovie

Alexandre KELTCHEWSKY
Chers amis,

Nous célébrons le 24 juin 2001 les dix ans du retablissement dans la légalité de la Russie de l’Association qui avait vu le jour au début de ce siècle dans la capitale de la Russie impériale. Je veux à cette occasion remercier et féliciter les membres fondateurs au premier rang desquels je place le premier président aujourd’hui défunt, Nikita Tolstoï ainsi que le Comité actuel avec à la tête le président Mikhail B. Piotrovsky.
Je forme des vœux pour que l’Alliance Française, trait- d’union entre Saint-Pétersbourg et la France, prenne toute sa place dans la préparation du Tricentenaire de la ville.

Alexandre KELTCHEWSKY,
Consul Général de France à Saint-Pétersbourg

Christian Faure
Dans le sillage de l’alliance franco-russe, une Alliance Française a été fondée en 1907 dans la capitale impériale où elle dispensait notamment des cours. Sa refondation officielle le 24 juin 1991 lors de l’enregistrement de statuts préparés par l’action conjuguée de l’attaché culturel du Consulat, Michel TARRAN et de personnalités du monde culturel de Léningrad au premier rang duquel se plaçait Nikita TOLSTOï. Il est remarquable que parmi les initiations russes de la refondation plusieurs soient des «rapatriés»: Natalia I. SAKHAROVA et M.M. ORLOFF notamment. Ceux qui étaient venus après la seconde guerre mondiale participer à la reconstruction de leur pays ont pu oeuvrer ainsi à la renaissance d’une institution témoignant des liens d’amitié traditionnels entre la Russie et la France.
Que tous en soient remerciés à l’occasion d’anniversaire que nous célébrons dans ce numéro.
Désormais l’Alliance Française connaît l’âge de raison. Sous la présidence de Mikhaïl B. PIOTROVSKI elle a su s’imposer comme une institution majeure de la diffusion de la langue – plus de 1000 étudiants chaque semestre – et de la coopération culturelle franco-russe aux cotés et en étroite coopération avec l’Institut Français. Elle réunit autour d’elle nombre de personnalités du monde des arts – la récente adhésion collective de l’Ecole de danse VAGANOVA dirigée par M. NADIROV en témoigne – des affaires et des médias. Tous se ressembleront le 13 juillet au soir au Théâtre Baltiïski Dom pour célébrer lors de la fête française l’anniversaire de la refondation.
A Saint-Pétersbourg, les regards sont maintenant tournés vers le proche avenir, c’est-à-dire le Tricentenaire de la ville. L’Alliance Française saura, j’en suis convaincu, prendre toute sa place dans ces célébrations sous la houlette du directeur de l’Ermitage assisté des membres du Comité et de toutes les personnalités qui se ressemblent autour de l’association. Elle aura également à cœur de faire rayonner son action dans les villes de la circonscription consulaire où des correspondants sont disposés à oeuvrer avec elle sous l’impulsion du Comité.

Alliance Française Christian FAURE
Directeur de l’Alliance Française
Attaché culturel

Olivier GUILLAUME

Lorsque je suis arrivé à Saint-Pétersbourg, le 2 octobre 1994, le Président-Fondateur de l’Alliance Française, M. Nikita TOLSTOI, venait de décéder. Je l’ai vu sur son lit de mort. Je ne l’ai pas connu, malheureusement. Pendant les mois qui suivirent cette disparition le sort de l’Alliance est resté en suspens. Certains se demandaient s’il fallait la maintenir, s’il ne suffisait pas de l’Institut Français. D’autres, conscients de la réputation dont jouissait l’Alliance dans la ville, comprenaient que son existence ne pouvait plus être mise en cause et qu’il fallait rapidement lui trouver un Président prestigieux. C’est ainsi que le Consul Général de l’époque, M. Michel TOURAINE, mandaté par le Comité de l’Alliance, est allé trouver M. Mikhaïl B. PIOTROVSKI, Directeur de l’Ermitage, pour lui demander s’il accepterait de prendre la Présidence. J’accompagnais le Consul Général dans cette visite. Je me souviens que M. PIOTROVSKI, invoquant ses lourdes responsabilités professionnelles, avait demandé un délai de réflexion de huit jours. En fait, le lendemain, il appelait le Consul Général et lui donnait son accord! Ce fut le début d’une phase nouvelle dans la vie de l’Alliance, une phase de consolidation des acquis: stabilisation du nombre d’étudiants, création de l’Ecole en conformité avec la législation locale, ouverture de salles de cours à la Capella. L’un de mes meilleurs souvenirs à été la première Assemblée Générale dans le somptueux théâtre de l’Ermitage, en présence du Secrétaire général de l’Alliance Française de Pans, M. Jean HARZIC, et de l’Ambassadeur de France, M. Hubert COLIN DE VERDIERE. Incroyable succès! Ce jour-là, j’ai su que l’Alliance Française de Saint-Pétersbourg était définitivement établie.
Mes autres bons souvenirs sont légions: les bals du 14 juillet, les tournées avec la troupe de théâtre, les réunions du Comité toujours constructives même si elles étaient souvent agitées...
Si pendant les 3 ans où j’ai été directeur, quelque chose a pu se faire, c’est grâce au Président, aux membres du Comité très impliqués dans la vie de l’Alliance, aux professeurs et à l’équipe administrative. Mon rôle a été fort modeste. Il a surtout consisté à faire fonctionner l’Alliance et l’Institut en complémentarité. Indiscutablement, l’Alliance de Pétersbourg est une grande réussite. Non seulement parce qu’elle forme des cohortes de francophones mais parce qu’elle est la preuve que dans la Russie démocratique, une association à but culturel peut vivre et prospérer. C’est un grand honneur et un grand plaisir pour nous Français que de voir avec quelle ardeur et quel succès nos amis russes font la promotion de notre langue et de notre culture.

Olivier GUILLAUME,
Directeur de l’Alliance Française de Saint-Pétersbourg (1994–1997),
actuellement Conseiller Culturel de l’Ambassade de France à Kïev

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Alliance Française de Saint-Pétersbourg
www.af.spb.ru 
  Saint-Pétersbourg francophone  
www.fr.spb.ru
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